Alors que le club se remet doucement de ses émotions après mardi soir… une autre question semble avoir pris le relai des célébrations dans toutes les têtes : la JL Bourg va t-elle pouvoir aller en Euroleague ? On vous propose d’en parler avec François Lamy.

François, on a d’abord envie de commencer avec une question moins prise de tête : Ça fait quoi d’être Champion d’Europe ?

Ça fait énormément plaisir de voir tout ce monde en état de grâce, beaucoup d’émotions positives. Ce club méritait de valider la qualité du travail depuis de nombreuses années. C’est aussi une motivation pour continuer à avancer, trouver des moyens de continuer à être compétitifs, et de procurer du plaisir et des sensations fortes à l’ensemble de la communauté qui suit le club, et ses dirigeants qui le méritent amplement.

Avec une toute nouvelle équipe en plus, 11 nouveaux joueurs, c’est une vraie prouesse.

Il n’y a pas de recette miracle, les certitudes sont les ennemies de la progression. On a réussi à créer un collectif uni cette saison, et nous essaierons de conserver cet esprit de cohésion et d’adhésion à cet objectif de surperformance. Mais je pense que les coachs aspirent à ce qu’on ne change pas 11 joueurs chaque saison, et moi non plus, les étés sont trop remplis. On s’adapte, on travaille, on fait de notre mieux, mais on n’est pas les seuls. Un trophée c’est une validation, mais il y a beaucoup de gens qui travaillent très bien. Notre victoire va les inspirer et les motiver et tant mieux. Je reçois énormément de messages de clubs européens avec des moyens limités, qui sont très heureux de ce résultat. C’est une belle réussite, mais elle doit nous servir à nous motiver à travailler encore plus, parce que c’est ce que les autres vont faire pour vivre la même aventure.

Rentrons maintenant dans le vif du sujet. L’Euroleague, seulement un rêve ou une solution à étudier ?

J’ai la chance de très bien connaître le sujet. J’ai intégré l’Asvel en 2019 spécifiquement avec un objectif d’obtention de licence permanente, obtenue en 2021, puis travaillé au Zalgiris Kaunas spécifiquement sur les sujets de gouvernance de la compétition dans une période pas évidente pour l’organisation. C’est évidemment un rêve, un objectif ultime pour beaucoup d’acteurs du basket, et à ce titre, cela crée un devoir d’étudier le sujet sérieusement, notamment pour ne pas dévaloriser la notion de mérite sportif. Elle est importante à protéger, parce qu’elle permet justement à beaucoup de monde de rêver, d’avoir des ambitions. Rêver et ambitionner, ça ne doit pas être réservé à une élite protégée par des moyens financiers. Ce serait ignorer la réalité de 99,99% des gens qui sont passionnés par ce sport. Donc nous allons tout étudier sérieusement, ne rien prendre à la légère, dans un contexte général que j’estime bien connaître.

"C’est évidemment un rêve, un objectif ultime pour beaucoup d’acteurs du basket, et à ce titre, cela crée un devoir d’étudier le sujet sérieusement, notamment pour ne pas dévaloriser la notion de mérite sportif."

Peux-tu nous parler des restrictions, des freins que l’Euroleague demande ? On entend beaucoup parler de la taille des salles, du nombre de matchs, du minimum salarial, etc…

C’est très important d’avoir les moyens de ses ambitions. Nous ne sommes plus dans le rêve, mais dans l’étude concrète de réalisme, pour continuer à délivrer un travail de qualité. Les contraintes matérielles et financières du cahier des charges sont une chose, mais nous avons prouvé que nous savions optimiser les moyens financiers, et le club et Julien ont maintes fois prouvé le sérieux budgétaire. Donc le sujet est plus sur la capacité à continuer à délivrer du travail de qualité, dans un tout nouveau contexte qui est épuisant. Des 4 saisons que j’ai passées à travailler en Euroleague, avec des clubs avec des moyens extrêmement limités, il y a des périodes dans la saison où l’ensemble des acteurs sont dans une forme de somnambulisme, où on essaie d’avancer en étant rincés, épuisés, et c’est une réalité à prendre en compte. 38 matchs de saison régulière, c’est plus de 2 fois l’Eurocup, 11 double weeks, c’est autant de semaines à 3 matchs, des déplacements obligatoirement en vols charters pour ces double weeks… Il y a un côté évidemment stimulant à le vivre, mais c’est aussi épuisant, il faut en avoir conscience.

Avec un cahier des charges qui a évolué ces dernières années ?

Le cahier des charges n’a pas tant évolué. L’obligation de salle de 5.000 places pour les clubs en « associated clubs licence » date presque de l’origine. La mise en place des mécanismes de Financial Fair Play en 2024 a intégré un plancher salarial, avec la contrainte supplémentaire que les charges salariales sont exclues de ce calcul, ce qui est extrêmement pénalisant, et d’ailleurs injuste, pour les pays à la fiscalité salariale élevée. Plus que le cahier des charges, c’est la réalité financière générale qui a beaucoup évolué. Le mouvement inflationniste général dans le marché du basket mondial a drivé les salaires « moyens » vers des montants qui étaient il y a seulement quelques années des top salaires. La plupart des rosters d’Euroleague sont constitués de joueurs avec des salaires annuels médians autour du million d’euros nets. Ca c’est très nouveau, et je ne l’ai pas connu puisque j’ai quitté l’Euroleague en 2022 en arrivant à la JL.

A ton avis, l’Euroleague est-elle indispensable dans l’évolution du club ?

Elle pourrait être utile, mais elle n’est pas indispensable, mais pour en revenir à une question précédente, le sujet ne se balaie pas d’un revers de la main, encore une fois par respect pour les rêves et ambitions de nombreuses personnes. Ce qui est indispensable, c’est de vouloir continuer à produire un travail de qualité, à permettre à des joueurs d’atteindre leur plein potentiel à nos côtés, et continuer à vivre des aventures humaines exaltantes qui permettent d’apporter du « mieux vivre » aux acteurs et aux gens qui suivent le club.

Si nous n’y allons pas, quel est le programme ?

Si toutefois nous n’y allions pas, le programme serait d’écrire un nouveau chapitre avec le staff et les joueurs présents, et ceux qui vont nous rejoindre, et avec le reste des salariés et dirigeants du club, qui se donnent tout autant que les joueurs et le staff, sans compter, pour vivre et faire vivre des moments inspirants. On n’apportera jamais la garantie du résultat, par contre le programme va être de continuer à fournir des efforts constants et très engagés. C’est important de garder en tête la quantité de travail et d’efforts que tout cela représente, pas seulement quand il y a des victoires retentissantes.

Donc en Eurocup aussi ? Est-elle encore pertinente une fois que tu l’as remporté ?

Personnellement, j’adore cette compétition. Elle permet de regrouper des gens qui ont l’ambition d’évoluer à un niveau supérieur, et qui sont prêts à fournir des efforts pour y arriver. Cette compétition est vitale pour l’écosystème du basket européen. Je lis souvent qu’il y a trop de compétitions internationales de basket, que c’est illisible, etc… Les basketteurs d’aujourd’hui veulent jouer, se développer, explorer toutes les opportunités que le monde peut leur offrir. Donc ce discours n’a plus de sens, les temps ont changé. Pour revenir à l’Eurocup, j’espère qu’elle va durer longtemps, et si nous sommes appelés à continuer à la jouer, j’espère qu’on portera fièrement les valeurs qu’elle véhicule, de dépassement, d’optimisation, de trouver des chemins alternatifs vers l’élite du basket mondial… Je pense à tous les clubs de cette compétition qui délivrent du travail de qualité indispensable pour alimenter le sommet de la pyramide du basket mondial, Ulm, Trento, Cedevita, Turk Telekom Ankara, Cluj,…

Cette compétition est un laboratoire, et nous sommes d’ailleurs en train de travailler sur la finalisation du projet global de la JL Bourg de créer un écosystème complet d’un club portant le sujet de la pérennité, de la viabilité économique du sport professionnel d’élite, en le joignant à l’utilité de l’ensemble pour la communauté qui le soutient. Sana est en construction, c’est une pierre magnifique à l’édifice du club, comme le 1055 l’était avant, comme le trophée d’Eurocup l’est cette saison. Mais il y a d’autres pierres à ajouter. Julien Desbottes est un bâtisseur, il nous motive à continuer à nous dépasser, c’est aussi dans tout ça que se niche la pertinence de continuer avec les recettes de la JL Bourg.

Quelles sont donc les prochaines échéances décisionnelles pour le comité de Direction ?

Nous allons échanger avec beaucoup de monde, pour avoir tous les éléments pour prendre la meilleure décision. J’ai la chance d’avoir gardé le contact avec beaucoup de dirigeants de clubs d’Euroleague avec une licence permanente, qui ne l’oublions pas, sont les propriétaires de l’Euroleague à travers leurs licences. Il est donc important d’échanger avec eux pour aussi comprendre leurs aspirations et leurs objectifs pour l’Eurocup, et donc le vainqueur de l’Eurocup, cette saison mais aussi à l’avenir. Nous sommes dans une phase avec beaucoup d’incertitudes sur le paysage des compétitions internationales de basket. Et autant les certitudes sont les ennemies de la progression, autant les incertitudes en sont les annihilatrices.

Je vais donc consulter beaucoup de monde, échanger avec les dirigeants actuels de l’Euroleague, non pas pour « défendre le dossier » de la JL Bourg, mais pour bien saisir la place que pourrait avoir ce projet de club dans l’Euroleague actuelle, et délivrer le résultat de cette consultation aux dirigeants du club et au Président, qui au bout du compte sont ceux qui prendront la décision finale. Je sais juste que quelle qu’elle soit, ce sera la bonne, et qu’elle aura des effets positifs de long terme.

Merci François.